Gemme ou marin
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Le sel gemme vient d’une mer disparue il y a des centaines de millions d’années. Le sel marin vient de la mer d’il y a trois mois.
Sel gemme : une mer évaporée il y a plusieurs centaines de millions d'années.
Source : Blocs naturels de sel gemme en big-bag | GERMINEO
Il y a deux façons pour le sel d'arriver jusqu'à toi, et elles ne se ressemblent pas du tout.
La première est rapide. On fait entrer de l'eau de mer dans des bassins peu profonds, on la laisse s'évaporer au soleil et au vent, on la fait circuler de bassin en bassin à mesure qu'elle se concentre, et au bout de quelques semaines le sel cristallise et se dépose. On le ramasse. C'est le sel marin. Celui que tu tiens dans ta main a été de l'eau de mer au printemps dernier.
La seconde est lente au point d'en devenir abstraite. Il y a des centaines de millions d'années, une mer s'est trouvée isolée de l'océan. Elle s'est évaporée entièrement. Le sel qu'elle contenait s'est déposé au fond en couches épaisses, puis d'autres sédiments l'ont recouvert, puis des continents se sont déplacés par-dessus, et cette couche est restée là, enfouie, parfois sous des kilomètres de roche. C'est le sel gemme. On va le chercher en creusant.
Le sel de l'Himalaya que j'utilise dans le Pure Rose appartient à cette seconde famille. Il vient de la chaîne du Salt Range, au Pakistan, et la mer dont il provient a disparu il y a plusieurs centaines de millions d'années — bien avant les dinosaures. Quand je remplis un pot avec ce sel, je manipule le résidu d'un océan qui s'est évaporé avant qu'il n'existe une seule fleur sur Terre.
Source :https://maps.google.com/maps/contrib/106058569591886998222
Cette différence d'origine n'est pas qu'une jolie histoire. Elle change ce que fait le sel. Le sel gemme est chimiquement plus pur. Enfoui, protégé, comprimé pendant des ères géologiques, il est souvent du chlorure de
sodium à plus de quatre-vingt-dix-huit pour cent. Ses impuretés sont minérales : des traces d'oxyde de fer, qui lui donnent parfois sa couleur rose. Il est dense, dur, et il se dissout lentement.
Le sel marin, lui, garde la mer avec lui. Quand l'eau s'évapore, le chlorure de sodium cristallise en premier — mais il emporte au passage du magnésium, du calcium, du potassium, des sulfates. Un sel marin non raffiné n'est jamais du sel pur : c'est un sel accompagné. Et parmi ces compagnons, le chlorure de magnésium a une propriété qui change tout dans ta salle de bain : il capte l'humidité de l'air beaucoup plus avidement que le sodium.
C'est pour cette raison qu'un pot de sel marin non raffiné prend en masse dans une cuisine humide, alors qu'un pot de sel raffiné reste fluide. Ce n'est pas un défaut de fabrication. C'est la preuve que le sel est vivant au sens chimique — qu'il échange avec ce qui l'entoure.
Et c'est aussi pour ça que je ne mets pas d'anti-agglomérant. Un sel qui ne prend jamais en masse est un sel à qui on a retiré sa capacité de réagir.

Maintenant, le côté que je trouve le plus beau.
Dans les traditions qui utilisent le sel, on distingue souvent le sel de la mer et le sel de la terre, et on ne leur donne pas le même rôle. Le sel marin est associé au lavage, au mouvement, à ce qui emporte : c'est le sel des purifications, celui qu'on jette, celui qu'on dissout. Le sel de la terre est associé à ce qui garde, à ce qui protège, à ce qui reste : c'est celui des seuils, des angles, des choses qu'on installe.
Regarde la géologie et tu comprends d'où vient cette intuition. L'un vient d'une eau qui bouge encore. L'autre vient d'une eau qui a cessé de bouger il y a trois cents millions d'années et qui est devenue de la pierre. L'un est le présent, l'autre est la mémoire.
Je ne pense pas que les anciens connaissaient le Salt Range ni les évaporites du Trias. Je pense qu'ils tenaient les deux sels dans leurs mains, qu'ils sentaient que l'un était humide, réactif, tourné vers le dehors, et que l'autre était sec, dense, refermé — et qu'ils en ont tiré exactement les bonnes conclusions.
C'est pour ça que dans mes bains rituels, j'utilise du sel marin non raffiné. Ce sont des sels de mouvement : on les dissout, ils emportent, ils partent avec l'eau. Et c'est pour ça que le sel de l'Himalaya est dans le gommage, pas dans le bain. Un sel qui a mis trois cents millions d'années à se former mérite qu'on le laisse travailler sur la peau, pas qu'on le dilue dans deux cents litres d'eau.
Une même formule chimique. Deux histoires. Deux usages.
C'est tout mon métier.
Maixilia
